Diane OTTAWA

3ème place (ex æquo) Lueurs d'Artistes 2018

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Dessin graphite et fusain

L'Hermaphrodite d'Aristophane disséqué

Le corps d'un couple (d'artistes)

(150x107cm)

 

 

                       L’œuvre de Diane Ottawa est en partie une représentation personnelle de l'hermaphrodite tel qu'il a été décrit dans le discours d'Aristophane lors du banquet de Platon.

L'artiste présente deux personnages : un féminin, l'autre masculin, le personnage féminin est un autoportrait, le personnage masculin est quant à lui la représentation de son partenaire de vie et mentor, l'expression des visage paraît sans vie, les paupières sont fermées.

C'est une mort, ou un sommeil ou encore un regard introspectif, l’œuvre se ressent et elle ne se lit plus de manière intelligible.
Les globes oculaires visiblement retirés des orbites des amants, semblent actifs dans la matière viscérale de la table d'autopsie, le regard est devenu autonome, il s'échappe du regard de l'artiste pour devenir celui de n'importe quel spectateur désireux d'observer le spectacle de la vie et de la mort.

C'est ce que c'est deux corps font, ils meurent, fusionnent et renaissent pour devenir «autre», ils s'offrent de manière indécente au regard du monde.

La composition parle d'amour, c'est une représentation d 'elle même et de sa moitié enfin retrouvée. Mais cette réunion devient mortifère, la réunion passe par le pourrissement, le corps des amants réunis entrent en décomposition pour produire un humus fécond et toute une flore occupe la table de dissection, métaphore de la découverte du corps de l'artiste et de l'être aimé.

Le corps de l'autre se transforme en un terrain de jeu.
Pour connaître l'autre il faut d'abord le démonter, pour en explorer son univers interne, exposer ses organes pour en admirer ce qui se cache derrière les apparences et en révéler la beauté cachée.

C'est une œuvre qui raconte ce que vit l'artiste, souffrant de dépression, elle vit une passion amoureuse intense et ce sont ces deux corps, composés un peu comme un cœur symbolique dont la traditionnelle flèche est remplacée par une table de dissection, sur laquelle viscères et champignons- phallus donnent le change.

Il est question ici de l'être, de l'art, de la durabilité et de la vulnérabilité d'une œuvre, ici l'emploi du fusain rappelle la fragilité de la trace et le retour à la poussière.
Le spectateur doit se rappeler l'injonction memento mori, et pour soutenir l'insoutenable il n'y a plus que l'art, l'amour et l'amour de l'art.

 

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